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Patrick JUDE

Patrick JUDE
Home Médical Service

Président

Eurasanté : Comment est née la société Home Médical Service ?

Patrick Jude :
HMS est à l’origine une filiale de la société Chaval, fabricant de lits médicalisés créé en 1904. Cette filiale a assuré, à partir de 1978, la livraison à domicile des lits fabriqués par Chaval. En 1987, cette dernière rencontrant des difficultés financières, HMS a racheté une partie de l’actif et conservé 9 des 150 salariés de Chaval, reprenant la fabrication de lits médicalisés. HMS est aujourd’hui une société familiale qui emploie 70 personnes, spécialisée dans la conception, la fabrication et la vente de lits médicaux utilisés dans le cadre des services de soins à domicile (hospitalisation à domicile et maintien à domicile). Nous avons réalisé en 2005 un chiffre d’affaires de 8 millions d’euros.



ES : Qu’est ce qui explique selon vous l’essor de votre société ?

Patrick Jude : En 1997, HMS ne proposait qu’une seule gamme de lits médicalisés et nous fabriquions alors environ 100 lits par mois, ce qui représente maintenant notre production de deux jours ! En 1998, la première norme européenne pour les lits médicalisés est sortie et nous avons décidé d’adapter notre gamme à cette norme, sans même attendre la traduction de celle-ci dans le droit français. Nous avons dû pour cela réaliser un investissement de plus de 750k€ dans l’outil industriel. Le respect de cette norme a sans aucun doute été le déclencheur d’une vague de développement commercial pour HMS. Depuis, les normes évoluant pratiquement chaque année, nous mettons un point d’honneur à vérifier que nos produits sont en conformité. Parallèlement au strict respect d’exigences techniques, nous avons cherché à mieux comprendre ce qu’attendaient nos clients, à savoir les distributeurs de lits médicalisés pour le domicile. Quand un lit doit par exemple être installé par un distributeur  au 3ème étage d’un immeuble, puis démonté et repris dans le cas de lits loués, la pièce la plus lourde du lit ne doit par exemple pas dépasser un certain poids. La fabrication de lits médicalisés pour le domicile est un savoir-faire à part entière : si un lit d’hôpital peut peser 140kg, un lit pour l’HAD ou le MAD doit être léger, démontable, pratique, et doit pouvoir être installé par un seul technicien, tout en étant aussi sûr et adapté au patient qu’un lit à usage hospitalier.



ES : Aujourd’hui qui sont vos clients ?


Patrick Jude : La plupart des grands prestataires de services à domicile pour les pharmacies : Locapharm, Orkyn’, Oxypharm, Gipharmad… ainsi que des distributeurs de matériel médical pour le domicile tels que Parapharm, Médical 59, Mat’Médical ou les SSM par exemple. Quant aux établissements hospitaliers et maisons de retraite, nous ne traitons pas directement avec eux mais par l’intermédiaire de distributeurs qui assurent également la maintenance. Nous couvrons ainsi toute la France et même l’export, notre activité à l’étranger commençant à se développer depuis 18 mois et représentant déjà 10% de notre chiffre d’affaires.


ES : Il est connu que le secteur des dispositifs médicaux subit de manière générale la restriction des budgets hospitaliers. La tarification à l’activité généralisée dans les établissements de soins fait également craindre à bon nombre de fabricants de matériel hospitalier de vendre moins ou moins cher. Est-ce votre cas ?


Patrick Jude : Non, et c’est même tout à fait le contraire ! La T2A impose clairement aux établissements de soins d’ajuster au mieux les dépenses effectuées pour chaque soin et pour chaque patient. Cela amène à diminuer la durée moyenne des séjours et par là même, favoriser la prise en charge en ambulatoire ou à domicile. Aujourd’hui une journée en soins de suites à l’hôpital coûte environ 750€, alors qu’à soins égaux à domicile elle coûte environ 5 fois moins… le choix est évident : le patient sera de plus en plus invité à finir de se soigner à domicile, avec un environnement humain et matériel adaptés… Avec le vieillissement de la population et l’allongement de la durée de la vie, l’augmentation du nombre de personnes dépendantes est également inéluctable et on le sait, ces personnes préfèrent souvent ne pas déménager en institution : ce facteur est également très favorable au développement des lits médicalisés pour le domicile.


ES : Est-il difficile d’évoluer sur un marché où les prix de vente sont fixés par le tarif de remboursement de la sécurité sociale sans délocaliser ou importer des pièces de l’étranger à bas prix ?


Patrick Jude : Nous avons choisi de viser constamment à améliorer notre productivité et nous y sommes arrivés, par des investissements successifs dans l’outil de production. Cette année encore, nous avons tout récemment décidé d’investir dans un nouveau site de production sur le Parc Eurasanté, remplaçant l’actuel qui n’est plus adapté. La construction de l’usine devrait être achevée dès mai 2006 et nous permettre d’optimiser notre chaîne de production ainsi que l’ensemble de la logistique. En zone franche urbaine, le site de 4.000m2 évoluera à terme jusqu’à une surface de 6.000m2. Nous pensons que ces investissements permettront d’embaucher au minimum une vingtaine de personnes sur trois ans. Nous n’envisageons pas de délocaliser tout ou partie de notre production ou d’abaisser la qualité de nos produits.


ES : Sur le marché des lits médicalisés, l’innovation est-elle encore possible ?


Patrick Jude : Pour HMS elle est non seulement possible mais même fondamentale, afin de se distinguer de la concurrence. Nous avons dernièrement créé et breveté un lit spécifiquement développé pour les patients désorientés, souffrant par exemple de la maladie d’Alzheimer. Ce type de lit, très bas, permet au patient de ne pas se faire mal en cas de chute, s’il souhaite, comme c’est souvent le cas dans ce genre de troubles, se lever et déambuler. Nous avions déjà innové récemment avec une autre gamme de lits médicalisés, réservée aux personnes de plus de 135kg. Les lits « Fortissimo » sont, depuis septembre 2005, les seuls en France à être inscrits sur la LPPR [Liste des produits et prestations remboursables]. Aujourd’hui, grâce à ses innovations et à la qualité de ses produits, HMS vend environ un quart des 42.000 lits à domicile vendus par an en France.


ES : Si vous deviez créer une nouvelle activité dans le domaine de la biologie-santé, quelle serait-elle ?

Patrick Jude : Sans hésiter, dans le domaine des services d’aide à la personne dépendante : ce marché sera d’après moi extrêmement intéressant au moins durant les vingt prochaines années. Les pouvoirs publics de l’ensemble des pays industrialisés se penchent sur le problème que représentera la prise en charge des personnes dépendantes d’ici à vingt ans. Je pense qu’il existe aujourd’hui une formidable opportunité de créer de l’emploi dans cette branche, on parle de 300.000 ou 400.000 postes de services à domicile à développer en France, pour les personnes malades ou non. Le marché des services à domicile est depuis peu accessible aux entreprises privées et c’est tant mieux : celles-ci vont probablement professionnaliser et rentabiliser l’activité. Cette professionnalisation aura sans doute une incidence sur le type de matériel utilisé à domicile : on peut en effet parier sur le fait qu’une activité de services de soins à domicile professionnalisée amènera à favoriser la consommation de dispositifs médicaux normés et de qualité pour l’équipement du domicile des patients…


Propos recueillis en février 2006

www.homemedical.fr

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